La motivation est une menteuse. Ne compte jamais sur elle.
J'ai un brouillon d'article sur la discipline. Il a presque quatre ans. Il est toujours vide. Voilà ce que ce brouillon vide m'a appris, et pourquoi la motivation n'a jamais été ton problème.
Hello,
Nous sommes le jeudi 11 août 2022. J'ouvre l'admin de ce blog et je crée un brouillon.
Titre : « Améliorer sa discipline grâce à la neuroscience ».
J'étais à fond ce soir-là. J'avais lu deux ou trois trucs dessus, j'avais des idées, j'allais expliquer au monde comment devenir une machine.
Je n'ai plus jamais rouvert ce brouillon.
Il est toujours là. Vide. Presque quatre ans plus tard.
Ce blog a une 50aine d'articles publiés et + de 100 brouillons.
Il y a là-dedans « Se concentrer sur une seule tâche », « Le chien de Pavlov, ça te parle ? », et l'article sur la discipline.
Je te laisse apprécier l'ironie.
No bullshit : pendant des années, j'ai cru que ce cimetière de brouillons disait quelque chose sur moi. Que j'étais un mou. Que les autres avaient un truc que je n'avais pas.
J'avais tort, et c'est en comprenant pourquoi que j'ai fini par écrire celui-là. Et aussi, c'est le pourquoi je me suis remis au boulot sur ce blog. En espérant que ces quelques bribes te soient utiles.
Tu ne manques pas de discipline
Tu connais la scène, tu l'as jouée cent fois.
Dimanche soir. Gonflé à bloc. Cette semaine c'est décidé : lever tôt, une heure sur ton projet par jour, tu publies, tu manges sain, tout.
Lundi ça tient. Mardi aussi.
Mercredi, journée pourrie, tu rentres vidé, et tout s'effondre.
Jeudi tu culpabilises. Vendredi tu as lâché. Et là tu te sers la seule explication que le web te vend depuis dix ans : je manque de discipline.
Je vais te soulager d'un poids : non.
Tu comptes juste sur la mauvaise chose.
La motivation, c'est une émotion. Ça arrive, ça repart, ça ne se commande pas. Construire six mois de projet dessus, c'est faire ton planning de la semaine sur la météo de dimanche soir.
Les gens qui avancent ne sont pas plus motivés que toi. Ils ont juste arrêté de dépendre de leur motivation.
La motivation ne sait faire qu'une seule chose
Te faire démarrer.
C'est tout. C'est déjà pas mal, mais c'est tout. Elle est nulle pour tenir, et personne ne te le dit, parce que « reste motivé » se vend beaucoup mieux en post LinkedIn.
Pour tenir, il faut autre chose : un système.
Un système, c'est un truc que tu n'as plus à décider. Ça part tout seul, que tu sois chaud ou complètement à plat.
La discipline, c'est se forcer (et c'est chiant aussi). Le système, c'est arranger le terrain pour ne plus avoir à se forcer. Ce n'est pas du tout la même dépense d'énergie.
Exemple bête.
« Je vais écrire tous les matins » repose entièrement sur ta volonté. Elle te lâchera, c'est mathématique.
« J'écris 20 minutes juste après le café, l'ordi est resté ouvert sur le doc depuis hier soir, le téléphone charge dans l'autre pièce » ne repose sur rien du tout. C'est câblé. Le jour sans envie, tu le fais quand même, parce que tout est déjà en place et que faire demande moins d'effort que défaire.
Regarde la bascule :
| Tu comptes sur... | Ce que ça donne | Ça tient combien de temps |
|---|---|---|
| La motivation | Démarre fort, s'effondre au premier coup de mou | 3 jours |
| La discipline | Ça marche, mais ça puise dans une réserve qui se vide | Quelques semaines |
| Le système | Tourne les jours sans envie, parce qu'il n'en demande pas | Tant que tu ne le casses pas |
Le meilleur système, c'est celui qui rend la bonne action plus facile que la mauvaise.
Tu ne luttes plus contre toi. Tu as truqué le terrain à ton avantage. Et truquer le terrain, ça marche même les jours où tu es de mauvaise humeur, ce qui n'est pas le cas de la volonté.
Arrête de décider ce qui ne mérite pas une décision
Je ne vais pas te sortir une étude. Je n'en ai pas, et celles que j'ai lues sur le sujet se font démonter les unes après les autres.
Je te donne juste ce que j'observe sur moi depuis des années.
Le matin, je tranche vite et bien. Vers 20h, je suis capable de rester bloqué dix minutes devant deux options qui reviennent exactement au même. Et c'est précisément à ce moment de la journée que je lâche tout, que je scrolle, que je chill au lieu d'avancer.
Le problème n'est pas que je suis faible à 20h. C'est que j'ai passé la journée à trancher des trucs qui ne méritaient pas d'être tranchés. Quoi dire, dans quel ordre, quel outil, quelle formulation, répondre maintenant ou plus tard.
Donc deuxième arme, après le système : range tes micro-décisions.
Tout ce qui revient tous les jours, tu le décides une bonne fois, ou tu le refiles à une machine. Chez moi, une grosse partie de ce bruit tourne tout seul pendant que je dors (on dirait un mauvais slogan pour vous vendre une formation à 1500 euros (dans 1 mois elle sera à 3000 euros alors prenez la maintenant)) : quand j'ouvre l'ordinateur le matin, la veille du jour est déjà écrite et triée, je n'ai plus qu'à lire. Pas pour le flex. Pour arriver intact sur les deux ou trois décisions de la journée qui comptent vraiment.
Bon, on souffle deux secondes
Jusqu'ici, c'était la partie facile. Celle que tu peux mettre en place ce soir sans que ça te coûte quoi que ce soit.
Maintenant, la partie que je rate encore aujourd'hui. Celle qu'aucun système ne m'a réglée.
La confession
Un système, ça sert aussi à savoir quand s'arrêter. C'est la partie que personne ne met dans les posts Linkedin.
J'ai gardé des projets bien trop longtemps. Pas parce qu'ils marchaient. Parce que j'avais déjà mis dedans du temps, de l'argent et surtout de la fierté. Arrêter, c'était acter que tout ça partait à la poubelle.
Alors je continuais.
- Moi, à trois mois : « Ça va décoller, il manque juste un truc. »
- Moi, à huit mois : « Ça va décoller, il manque juste un truc. »
- Moi, à quatorze mois : « Ça va décoller, il manque juste un truc. »
Tu connais la définition de la folie.
Comme un type devant une machine à sous qui remet une pièce parce qu'il a déjà trop perdu pour partir maintenant.
Ça porte un nom : les coûts irrécupérables. Plus tu as investi dans un truc, plus tu t'y accroches, même quand il est cliniquement mort. Sauf que le temps et l'argent déjà partis ne reviennent pas, que tu continues ou que tu arrêtes. La seule chose que tu décides encore, c'est la suite. Continuer par orgueil, c'est rajouter de la perte sur de la perte.
Un bon système contient un bouton stop, posé à froid, avant de s'attacher. « Si dans trois mois ça n'a rien donné, j'arrête. Sans débat, sans réunion avec moi-même. »
Parce que sinon, c'est ton ego qui décide à ta place.
Et ton ego, lui, n'abandonne jamais. C'est bien tout le problème.
Tuer un projet mort, ça ressemble à un échec pendant environ 48 heures. Après, c'est juste de l'énergie récupérée et remise là où il y a encore quelque chose de vivant.
Ce soir
Arrête d'attendre d'être motivé. Tu vas attendre longtemps, et le peu de motivation que tu auras, tu vas la cramer à culpabiliser.
Prends UNE habitude que tu rates tout le temps. Une seule.
Et au lieu de te promettre d'avoir plus de volonté la prochaine fois, change le terrain autour :
- Rends la bonne action ridiculement facile. Tout préparé la veille, zéro étape entre toi et le début.
- Rends la mauvaise option chiante. Une friction, deux clics de plus, l'appli dans un autre dossier, le téléphone dans une autre pièce.
C'est tout. Ce n'est pas sexy, ça ne fera jamais une belle story, ça marche.
Tu ne deviens pas quelqu'un de plus discipliné. Tu deviens quelqu'un qui n'a plus besoin de l'être. C'est beaucoup plus reposant, et ça tient beaucoup plus longtemps.
À très vite,
Mohamed